LES ENFANTS DE LA GARE D’HOWRAH A KOLKATA

L'objet de ce reportage est d'apporter un témoignage sur la vie, faite de joie, de peur, de bagarres des enfants vivant à Howrah Station, la principale gare de Calcutta. C'est pour ces enfants sans enfance, dont certains n'ont pas plus de 5 ans, une lutte quotidienne pour la survie, rythmée en fonction des arrivées et des départs des trains.

Les photos exposées ont été réalisées sur une période de 11 mois en 1999. Le fait d'avoir passé beaucoup de temps avec ces enfants m’a permis de me faire accepter et de gagner leur confiance. Ainsi, oubliant ma présence et surtout celle de l'objectif, j'ai essayé de montrer quelques moments de leur vie que j'ai eu le grand privilège de partager. Ces enfants viennent en général d'horizons très différents et ont, soit quitté délibérément leur foyer suite à de mauvais traitements, soit été abandonné par leur famille dans l'impossibilité de les nourrir, d'autres se sont perdus lors des grands rassemblements religieux et ont échoué à la gare, d'autres enfin sont orphelins. Peu de filles vivent à la gare. Elles semblent moins enclines à quitter leur famille parce que moins intrépides. De plus, facilement repérées, elles seraient de potentielles victimes d'agressions sexuelles. Les rares que l'on croise ont leurs familles qui vivent aux alentours, sur un bout de trottoir ou un bidonville proche. Elles se trouvent là pour gagner quelques roupies en faisant de petits boulots. Les enfants sont amenés, pour gagner leur vie, à cirer les chaussures des voyageurs, à nettoyer les trains ou à collecter les bouteilles vides afin de les revendre aux petites échoppes sur les quais. D'autres rejoignent pendant la journée les endroits plus touristiques de Calcutta, mendient, font des shows (danses, chants, acrobaties, etc .. ). D'autres encore ont des emplois un peu plus stables, serveurs dans de petites échoppes, chiffonniers mais se font exploiter par les adultes.

Cet argent gagné qu'il faut dépenser rapidement au risque de se le faire voler leur permet outre de se nourrir, d'aller parfois au cinéma. Ignorés, maltraités, manquant d'affection, ils vivent pour la plupart en bande pour se sécuriser mais demeurent malgré tout toujours sur le qui-vive, craignant les rafles des policiers qui les emprisonnent pour de longues périodes.

Ne parlant pas le Bengali, un ancien gosse de la gare m'accompagnait régulièrement. Il m'a servi de relais et permis de dialoguer, d'échanger et d'avoir toutes les informations sur la vie de ces enfants. J'ai été confronté à deux problèmes majeurs : l'interdiction formelle de photographier dans l'enceinte de la gare et les remarques des voyageurs me suspectant de vouloir gagner de l'argent sur le dos des enfants. Ils m'interpellaient souvent, bien qu'ils considèrent ces enfants comme de sales gamins qu'il faut chasser ou ignorer. Les O.N.G (lien) comme Les Galopins de Calcutta qui travaillent à la gare depuis dix ans leur apportent un réconfort, une écoute et essayent de convaincre les enfants de rejoindre leur structure d'accueil.

Depuis que j’ai réalisé ce reportage en 1999, la situation des enfants des rues n’a guère évolué et l’on compte toujours par milliers le nombre d’enfants qui trouvent refuge dans le gares des grandes métropoles indiennes.